Héroïne moderne (La vie d'artiste)
    par Christine Atallah

    Certains aiment la routine et se sentent en sécurité de cette façon.  Je ne suis pas de ces personnes.
    Je suis une artiste, une chanteuse.  Je vis ma vie quotidienne sur le haut fil de l'incertitude financière et de
    l'acceptation du public.  Chaque jour est différent.  Certains jours sont une récompense de la vie tandis que
    d'autres sont si difficiles que je doute que je puisse continuer.

    Malgré tout,  je n'abandonne pas. Je me force à faire face à chaque jour comme un combattante fictive faisant un
    pas dans l'arène, en espérant un jour de chance et mon heure de gloire. Mais comme la combattante, je suis parfois
    tellement fatiguée et meurtrie, que lorsque la cloche proverbiale sonne, je dois aller puiser au plus profond de
    moi-même pour continuer à me tenir debout toujours fière,  projetant une image du meilleur de ma forme même si je
    suis tabassée. J'essaie d'être courageuse et de bannir toute forme de peur. Je suis une guerrière silencieuse, armée
    d'un sourire déterminé et naturellement, des chansons provenant de mon coeur.  L'obstination est mon épée et mon
    perpétuel optimiste, mon autre arme de défense.  

    J'ai une digne cause à défendre: mon album de musique que je suis en train de terminer pour le rendre public.
    Ce projet est pour une artiste comme moi, le point culminant d'une jeune vie consacrée à la chanson. Je dois aussi
    ne pas décevoir tous ces gens qui m'ont appuyé par leur travail parfois bénévole et leur confiance envers moi et mon
    rêve. Je me sens à la fois comme Jeanne D'Arc et le personnage du film Million Dollars Baby.  Je dois combattre pour
    la naissance de ce disque.  

    Les gens extérieurs au monde des arts ne se fatiguent jamais de m'énumérer la longue liste de subventions
    disponibles pour les artistes au Québec et au Canada.  Ce discours m'ennuie et me fâche car je les connais par
    coeur ces programmes d'aide.  Ces personnes ont de bonnes intentions mais elles sont naïves si elles pensent qu'il
    est facile pour les jeunes artistes d'obtenir l'aide gouvernementale.  La liste des récipiendaires se lit comme un
    annuaire d'artistes qui sont déjà bien établis et au sommet de la gloire. Souvent, elles sont appuyées par des
    compagnies multinationales de production musicale qui présentent les demandes d'aide.  Un soir, alors que j'étais
    dans un café, un  producteur bien connu que je n'ose nommer m'a dit: :  "Ne  prend même pas la peine d'appliquer...
    ces subventions sont corrompus."  J'ai soupiré, en me rappellant les monticules de documents,  les heures de travail,
    l'argent personnel et les efforts que j'avais déployés pour finalement toujours obtenir un refus.  Maintenant,
    je préférerais aller chez le dentiste plutôt que de m'imposer l'exercice d'application à une subvention et de revivre la
    frustation du refus. Les organismes subventionnaires sont tellement remplies de bureaucratie et de barrières.  Si le
    Conseil des arts du Canada renifle une seule chance de succès commercial avec votre projet, vous êtes perdus.  Au
    contraire avec Factor ou  Musicaction,  vous devez avoir l'aura, le bourdonnement du succès déjà atteint et l'accès à
    des compagnies déjà solidement établies pour obtenir du financement. Qu'est-ce qu'une jeune artiste doit faire:  
    une danse de la pluie ou avoir une comète traversant dans le ciel au moment de présenter sa demande?  
    La machine gouvernementale est aussi complexe que celui d'un film Matrix avec ses divisions, ses secrets et ses
    informations d'initié ?

    J'écoutais les nouvelles le jour où un homme est monté sur la structure du pont Jacques Cartier pour faire des
    pressions au sujet des pères monoparentaux.  Ma réaction a été:peut-être que ce type a une bonne idée. Il a
    réussi à obtenir notre attention. Alors moi, peut-être que je devrais m'installer en camping à Ottawa sur la Colline
    parlementaire? Ou peut-être m'attacher avec l'homme sur le pont pendant que tous les médias l'observent?
    Peut-être plutôt sauter dans le canal de Lachine comme Julie Snyder?  Ou encore chanter sur la pelouse de
    l'Assemblée nationale à Québec?  Le mieux serait peut-être finalement de me présenter en costume d'Ève à Ottawa
    et choquer les gratteux de papier et leurs stimulateurs cardiaques?  Chose certaine je devais attirer
    l'attention sur mon projet et penser à un plan. Inspiré, j'ai décidé de faire à nouveau appel à l'autorité.
    Le gouvernement est là pour nous! N'est-ce pas? Je sais maintenant que c'est faux. Les politiciens sont là
    la plupart du temps pour l'exposition, pour de grandes affaires et pour leurs amis.  Pas pour les petites gens.

    Après ma vision inspiratoire du Pont Jacques Cartier, je suis entrée en contact avec le bureau de l'honorable
    Liza Frulla, la ministre du Patrimoine canadien ainsi que la ministre responsable de la Condition féminine au Canada.
    Elle m'avait entendu chanter moi et mon groupe, les Bassalindos, deux fois durant l'été précédent en tant que
    participante au Festival des Rythmes du Monde.  En plus, nous avions aussi asssisté ensemble à un pique-nique
    et nous étions assises ensemble à une conférence de presse.  J'étais donc remplie d'espoir et persuadée qu'elle
    pourrait m'aider. En plus, elle est ma députée car j'habite dans son comté, je suis une femme et une artiste.  Je
    répondais à chacune des catégories qui faisait de moi une priorité de ses actions.  Normalement, cela faisait en
    sorte qu'elle serait mon ardente et loyale défenseure. J'ai donc rencontré son "adjoint ministériel", un Monsieur
    Guérin, à qui j'ai expliqué ma difficile situation.  Je lui ai dit qu'il était près à impossible pour une artiste à mon niveau
    de concurrencer les artistes établis sans une subvention pour démarrer sur l'échelle.  Je lui ai expliqué aussi toute
    la confusion entourant les programmes d'aide.

    M. Guérin a beaucoup souri, il était affable et il a conclu notre entretien en disant qu'il était heureux d'avoir entre les
    mains un "dossier" aussi intéressant.  Il a offert des assurances mais aucune promesse.  
    J'ai enfin senti une lueur vacillante d'espoir dans ma vie d'artiste.

    Mystérieusement, le pauvre Monsieur Guérin semble avoir eu des problèmes de santé, surtout lorsque j'ai essayé
    de le rejoindre par la suite au sujet de ma demande d'aide. Toujours absent...  

    Trois refus officiels plus tard, je suis à bout de patience.  Plus de ce jeu ridicule, m'imposant rencontres futiles avec
    des politiciens, dépensant des heures et le peu d'argent disponible pour arriver à la fin à une perte totale de temps.

    S'il vous plaît, ne me parlez plus de l'aide des gouvernements.  Je vais prendre mes propres risques seule dans
    mon arène.

    Une dernière pensée:  "Un jour, un grand ami compositeur canadien m'a raconté la façon dont il avait au début de sa
    carrière inventé des fausses lettres de recommandations avec la signature de Verdi, de Bach et de Rossini.  Il était fier
    car il avait obtenu la subvention.  Il rit lorsque je me plains au sujet de mes ennuis de démarrage .
    " Vous allez apprendre avec le temps......."  


    Modern Heroine
             by Christine Atallah

    Some people love routine and feel safe that way.  I do not. I am an artist, a singer. I live my daily life on a high wire of
    uncertainty. Every day is different. Some are rewarding and others so rough that I doubt that I can continue, but I do. I
    compel myself to face each day like a fighter stepping into the ring, bracing myself for a good match. If I am tired or
    bruised, when that proverbial bell rings, I still stand proud, looking tough. I try to be brave as I can and to banish fear.
    I am a quiet warrior, armed with a determined smile and of course, my heartfelt songs. Stubbornness is my sword and
    a thick skin and optimistic outlook my other armaments. Now I have a worthy cause to fight for, my album, which is the
    culmination of a lifetime and the labor of many people. I feel like Joan of Arc and Million Dollar Baby all rolled into one. I
    have to fight for this record.

    People never tire of tediously listing to me, the long list of artistic subsidy available to artists in Quebec and Canada.
    This bores me, for I know them by heart! These well meaning people are sadly naïve if they think that grants are easy
    to come by. The list of successful recipients reads as a who’s who of notable, well-established musical talent. More
    often than not they have serious record companies behind them. In a noisy pub one night a longtime and well-known
    producer that I dare not name told me: “Don’t bother applying...They’re all corrupt.” I sighed, gulping beer,
    remembering mounds of documents, and all the time, money and effort I have often expended for nothing. Now I
    would prefer to go the dentist that go through the frustrating grant application exercise again. Funding organizations
    are fraught with snags, beauraucracy and barriers. If the Canada Council sniffs the whiff of the merest chance of
    success, you are lost. The contrary with Factor, or Musicaction for whom you have to have the aura, the buzz and the
    glitzy pizzazz to match those at the summit blessed with bountiful packaging and abundant money. There is little to
    learn and a lot to guess at. Do they want a rain dance, your firstborn child, or a comet to fly by in the sky? There is an
    inner machine, a world as complex as that in the film the Matrix in its circuitry and intricacy with secrets and
    insider info. What is a serious, honest, determined and ambitious artist to do?

    I was watching the news one day when a man climbed onto a precipice over the Jacques Cartier Bridge to make a
    point about single fatherhood. Hey, maybe this guy has a good idea, I thought. He sure got our attention. Should I camp
    out in Ottawa? Tie myself to the man on the bridge also since all the media were watching? Jump into the Lachine
    Canal like Julie Snyder? Sing on the lawn of the National Assembly in Quebec City? Show up in a birthday suit at the
    office of the Canada Council and jolt the paper pushers and their pacemakers? I had to think of a plan...

    Inspired, I decided to appeal to authority. The government is there for us, right? Wrong! It seems to me now that they
    are there mostly for show, for big business and for their friends. I contacted the office of Liza Frulla, the Minister of
    Canadian heritage as well as the Minister responsible for the status of women in Canada. She had heard me and my
    band, the Bassalindos, twice the previous summer as part of the Festival des Rythmes du Monde. We attended a pique
    nic together last summer and sat on the same panel at a press conference. I was hopeful that she could assist me.
    She is my MP after all and I am her constituent, a woman and an artist. I fit every category of her constituents. By right
    this should have been my staunch defender. I met with her “special assistant” a Monsieur Guérin, to whom I explained
    my plight. I told him that is was near to impossible for an artist at my level to compete with established artists without
    subsidy to get up the ladder. I told him how difficult and confounding this is. Mr. Guérin smiled a great deal, affably
    clutched my file and told me how happy he was to have such an interesting “dossier”. He made assurances but no
    promises. I felt a glimmer of hope. Mysteriously, afterwards, poor Mr.Guérin seems to have had bad bouts of health
    when I tried to reach him for assistance on subsequent occassions. Three grant application refusals later, I am out
    the patience. No more playing ridiculous odds, going through the motions, spending time and money jumping hoops
    for a near hopeless waste of time. Please, no more lectures about grants.  I will take my chances on my
    own.                                                               

    A last thought: “Once, a great Canadian composer friend of mine told me the story of how he fabricated letters of
    reference from Verdi, Bach and Rossini, complete with copies of their signature. He got the grant, but still toils,
    composing magnificently on very little. He laughs a brittle laugh when I complain about my grant woes. “And you just
    started.” he says.”
Liens vers d'autres textes de Christine Atallah
La musique du Liban
Retour en haut de la page
LeStudio1@gmail.com
_______________________________________________________
Retour en haut de la page
LeStudio1.com

Lien vers d'autres reportages photos
LeStudio1 Links to more photographic stories.