L'honnêteté politique Textes publiés dans Le Devoir (Internet)- Montréal par Lise Payette et Bernard Bujold
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Se pendre avec un élastique
LISE PAYETTE
Édition du vendredi - 1 février 2008
Le Devoir
Ce n'est pas une invention de ce siècle, hélas.
L'honnêteté est une vertu qu'on prêche
beaucoup mais qu'on n'a pas tellement
pratiquée à travers le temps, tant chez les
grands que chez les petits de ce monde. C'est
ainsi, sans doute, que l'expression «c'est un
honnête homme» a toujours été un immense
compliment dans l'esprit de la personne qui
l'affirme et encore plus dans l'esprit de celui
qu'on désigne ainsi.
Souvent, honnêteté rime avec pauvreté. Les
exemples seraient assez faciles à trouver. Mais
ce n'est pas toujours le cas. On peut être
honnête et riche, l'un n'empêchant pas l'autre.
A-t-on plus de mérite à être honnête quand la
gloire et le succès sont au rendez-vous, ou
est-ce plus difficile quand on n'a rien et qu'on
est un illustre inconnu?
La culture des petites enveloppes
Maurice Duplessis, en son temps, avait
l'habitude de remettre de petites enveloppes
aux journalistes qui couvraient ses discours et
certains de ses déplacements. Il leur serrait la
main en y glissant une petite enveloppe qui
contenait un billet de 5 $, convaincu qu'il
achetait ainsi l'appui des journalistes, qui se
feraient ensuite un plaisir de transmettre le
précieux message dans leur journal. Ça
marchait, et il a fallu bien des années avant que
quelqu'un ose le dénoncer.
De Maurice Duplessis au scandale des
commandites des libéraux, il n'y a qu'une
trentaine d'années. Bien sûr, ce ne sont plus les
journalistes qu'on achète car, syndiqués et bien
payés, ils sont beaucoup plus à l'abri des
faveurs politiques qu'il y a 30 ans. On achète
des publicitaires, des hommes d'affaires, des
promoteurs, des collaborateurs et des votes
avec des enveloppes qui ont grossi et qu'on se
passe de main à main dans des restaurants ou
des chambres d'hôtel.
Les personnes présentes au tribunal le jour où
le juge Claude Leblond a condamné Vincent
Lacroix à 12 ans de prison moins un jour ont
applaudi et crié: «Bravo, M. le juge!» Leur
écoeurement devant la malhonnêteté de
Lacroix était palpable.
Devant le juge John Gomery, lors de l'enquête
publique sur le scandale des commandites, le
public a applaudi le seul témoin qui, même en
s'incriminant lui-même, a permis, à travers ses
réponses au juge, de faire la lumière sur le
comportement de ceux qui ne se souvenaient
de rien.
Les voyous en dentelle n'ont plus la cote.
L'honnêteté élastique sera jugée de plus en
plus sévèrement. On ne pourra plus mettre
quelqu'un en prison parce qu'il a volé un pain et
laisser filer le roi des enveloppes comme si
l'élastique n'avait plus de fin.
L'élastique de Stephen Harper
Depuis qu'il est en politique, Stephen Harper
s'est posé en gardien de la vertu. Il a condamné
ses prédécesseurs libéraux pour leur manque
de rigueur et pour la corruption des régimes
Chrétien et Martin. Il a juré qu'il gouvernerait
autrement s'il arrivait un jour au pouvoir et
qu'on ne le verrait jamais s'adonner à autre
chose que la transparence, qu'il jurait de
privilégier une fois devenu premier ministre.
Il est maintenant au pouvoir. Depuis deux ans.
Son pouvoir est limité car son gouvernement
est minoritaire. Malgré cette situation qui
devrait être de bon conseil pour un premier
ministre en le forçant à gouverner avec
prudence, le voilà les pieds dans les plats,
position inconfortable s'il en est.
Stephen Harper n'est pas un homme ouvert.
Il a imposé le silence autour de lui, il a tenté de
rester le seul maître du discours conservateur
parmi ses ministres et il a joué la carte du plus
fort avec les journalistes. C'est un homme de
secret, et il a tendance à vouloir garder tout le
pouvoir pour lui. Il ne fait confiance à personne,
sauf peut-être quelques conseillers triés sur le
volet, que le public ne connaît pas vraiment et
qui ne lui font surtout pas d'ombre.
Il vient de trébucher dans une histoire mise au
jour par un journaliste de Radio-Canada. À
moins qu'il ne marche sur son immense orgueil
et donne des explications valables, ce sera
peut-être le commencement de la fin pour lui.
Il traînait déjà le boulet de l'Afghanistan, dont
il refuse encore de reconnaître que c'était une
mauvaise stratégie. Il est peu probable qu'il
saura «laver plus blanc que blanc» un sens de
l'honnêteté dont l'élastique risque de lui
revenir en plein front.
Les hommes politiques avec élastique,
s'abstenir. Pour toujours.
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Le commencement de la fin?
par Bernard Bujold
Le Devoir
(Opinion Internet)
Madame Lise Payette est une femme d'exception
et on lui doit beaucoup de respect pour ses
nombreux accomplissements, en particulier au
niveau de la télévision québécoise. Son analyse
concernant Stephen Harper est cependant faible
et on ressent une certaine haine partisane de sa
part envers le Premier ministre du Canada.
L'affaire de l'attaché de presse n'a aucune
commune mesure comparé aux commandites du
Parti libéral de Jean Chrétien et encore moins
avec l'affaire Vincent Lacroix. Prétendre à un
rapprochement est faire preuve de démagogie
pour ne pas dire de malhonnêteté.
Personnellement j'ai observé et lu suffisamment
concernant le cheminement de Stephen Harper
pour comprendre qu'il est un politicien hors du
commun. Harper est un homme honnête qui croit
en ses idées. Selon-moi, on peut comparer Harper
à René Lévesque. Stephen Harper n'est pas en
politique pour s'enrichir financièrement, comme le
sont plusieurs politiciens, mais parce qu'il est
convaincu de sa vision du Canada. De plus,
Harper est très ouvert envers le Québec et la
preuve en est ses efforts pour parler en français.
Il est aussi un homme d'action. Son projet
d'élections à date fixe est un exemple de son
innovation. J'invite madame Payette à lire les
biographies de Stephen Harper, en particulier
celle de William Johnson. Elle comprendra que
notre actuel Premier ministre canadien est
peut-être inconfortable avec le jeu politique mais
il est quelqu'un qui est éduqué sur la démocratie.
D'ailleurs, les Canadiens commencent à
comprendre qu'il vaut mieux avoir un Premier
ministre timide plutôt qu'un Premier ministre trop
familier avec son public et trop enclin à le
séduire! Enfin, j'ajouterai que monsieur Harper
bénéficie d'une conjointe de grande qualité, ce qui
contribue à mieux lui faire comprendre la société
canadienne. Laureen Harper est un femme et
mère de famille dont tous les Canadiens et
Québécois peuvent être fiers. C'est l'une des
grandes dames que le pays connaît dans son
histoire. En fait, je vous inclus, madame Payette,
dans sa catégorie. Bonne journée et bonne lecture
de Stephen Harper!
Bernard Bujold
www.LeStudio1.com
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