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Odile Tremblay - Le Devoir LeStudio1.com/ Bernard Bujold Dehors, les journalistes! En haut de la montagne...
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Texte Odile Tremblay
23 février 2008 - Le Devoir - Montréal
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Il y a toujours eu une guerre, parfois larvée,
entre la critique et les créateurs. De temps
en temps, une crise éclate, et les gens se
réveillent: «Tiens donc!» Puis ils regardent
ailleurs. Mais cette guerre-là dessert le droit
du public à l'information. Il ferait mieux de
s'y pencher de plus près.
Mardi dernier, les journalistes se sont fait
refouler par Denys Arcand lors de sa
«Leçon de scénario» donnée aux
Rendez-vous du Cinéma québécois.
Ouste! Dehors, les microbes!
Un peu plus et le cinéaste du Déclin brandissait
son balai. Pour la première fois, une demande
d'exclusion médiatique avait été faite à la
direction des Rendez-vous, qui a plié devant
l'icône et n'aurait pas dû.
Ce type de classe de maître est public, ouvert,
généreux. Et les propos d'Arcand auraient
gagné à trouver des échos médiatiques.
Seul Le Journal de Montréal a pu s'y glisser
un moment, avant d'être repéré, comme
malfaiteur. Cette semaine, des chroniques
incendiaires ont commenté le boycottage,
et le contenu de la leçon de scénario s'est
évanoui devant le tumulte.
Au bout du fil, Ségolène Roederer, la directrice
des Rendez-vous, patine un peu. Elle a accédé
à cette demande du cinéaste, me dit-elle, parce
que les relations d'Arcand avec les médias
étaient tendues et qu'il émergeait d'une
année difficile. «Pas question de renier notre
décision, déclare la directrice, mais il est vrai
que les Rendez-vous sont ouverts à tous et
qu'on s'éloignait du mandat. Ce n'était
peut-être pas une bonne idée, mais on n'avait
pas vu venir la tempête. La prochaine fois,
on y réfléchira de plus près.»
Y aura-t-il une prochaine fois? Pas sûr.
Et c'est le bon côté de la chose. Les remous
médiatiques de la semaine ont créé un
précédent, presque fait jurisprudence.
Si un autre cinéaste réclamait des
excommunications, les Rendez-vous
pourraient invoquer «l'affaire Arcand»
pour le débouter.
C'est notre oscarisé national, le gros problème.
Personnellement, de guerre lasse, j'ai renoncé
à me pointer aux conférences de Denys Arcand,
où on est si mal reçus. Pas la peine non plus,
en aval, de demander une entrevue avant sa
leçon de scénario. On connaissait la réponse:
non et non. Plusieurs fois, au début de l'hiver,
Arcand a rencontré le public lors de la sortie
de L'Âge des ténèbres, toujours à l'écart des
journalistes. Au dernier Festival de Cannes,
Le Devoir n'était pas le bienvenu à son party.
Ce fut la croix et la bannière pour être accepté
au 5 à 7 des médias québécois. Et ce, avant
même la rédaction de la critique. Tant de
pressions furent exercées pour que je
franchisse le seuil de cette assemblée
cannoise... Désormais, promis, j'abdique.
Blessé, Arcand, par l'accueil mitigé qu'a reçu
L'Âge des ténèbres? Oui, mais il est blessé
depuis si longtemps... Film après film, ça grince.
Une vraie diva en quête d'unanimité, cette
substance pourtant bien suspecte. Même des
critiques polies et mitigées constituent à ses
yeux de purs outrages. Les journalistes ont
davantage de raisons d'être lassés de lui
que l'inverse.
Oui, les artistes sont des êtres sensibles.
Ils en prennent parfois plein la gueule et
souffrent des mauvais papiers qui écorchent
leurs oeuvres. On les comprend. On compatit.
Surtout quand il s'agit d'attaques personnelles,
toujours inacceptables. N'empêche que la
réception du dernier film d'Arcand fut
infiniment plus polie ici qu'en France.
La plupart de nos médias ont manié l'encensoir.
Quelques voix discordantes l'ont malgré tout
offensé. Mais L'Âge des ténèbres possède
d'évidents défauts. Fallait-il vraiment les
taire? Depuis tant d'années le cinéaste
manipule et écarte les journalistes québécois,
à l'heure de la promotion de ses films.
Tels des valets corvéables et jetables
à volonté. C'est vraiment abusif. Pareil dédain...
Lors de la sortie des Invasions barbares,
film -- faut-il le rappeler?-- porté à bout de
bras par les médias, Arcand avait accordé
à Montréal à peine deux ou trois entrevues
individuelles, se contentant d'une conférence
de presse pour rassembler la meute.
Ce même Arcand qui allait s'envoler ensuite
pour une tournée planétaire de plusieurs mois,
multipliant alors jusqu'à plus soif les entrevues
avec les journalistes étrangers. Son ras-le-bol
promotionnel né de cette tournée fut le point
de départ du scénario de L'Âge des ténèbres.
Sauf que, dans sa propre cour, le cinéaste
s'était d'abord montré beaucoup plus avare
de lui-même. Ce sont surtout les Français
qui l'étripent, mais ses têtes de Turc
demeurent les médias québécois.
Il est extrêmement irritant de constater que
plus un créateur, un producteur, un distributeur
est important et fréquente les sphères du pouvoir,
plus il se permet de monter des listes noires et
d'envoyer paître les médias qui lui ont jadis
servi de marche-pied. Ça révolte, et personne
ne gagne à ce jeu de dupes. Si Arcand ne désire
que des journalistes à-plat-ventristes, sous peine
de brandir le cadenas, comment peut-il s'attendre
à susciter leur sympathie? Si loin sont les beaux
jours où il réalisait On est au coton, drapé dans
le drapeau de la liberté de parole.
La réussite a de ces effets pervers...
otremblay@ledevoir.com
www.LeDevoir.com
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Commentaire / LeStudio1.com
Bernard Bujold - 23 février 2008
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L'ingratitude des artistes...
L'article d'Odile Tremblay reflète bien le
comportement des artistes, des organisateurs
d'événements et même de la société en
général, au delà de Denys Arcand.
Lorsque quelqu'un débute dans le métier,
il fait tout pour convaincre, séduire et
attirer l'attention des journalistes et du public.
Mais une fois la porte ouverte et rendu sur
le toit, parfois après beaucoup d'efforts et
de difficultés, on change sa personnalité
séductrice pour devenir une sorte de création
"snobinarde" ou comme disent les Américains:
"Hard to Get".
Ce comportement s'appliquent à la plupart
des organisateurs d'événements.
Le cinéaste Denis Arcand ne doit pas sa
notoriété à la magie du ciel. Il a profité des
médias à ses débuts et il a tout fait pour les
séduire. Maintenant il les boude!
Je ne crois pas que l'on peut conserver le
beurre et l'argent du beurre. Quiconque
pense ainsi, court à sa perte.
Conrad Black en est un exemple précis!
Mais bon, il ne faut pas croire que l'on va
changer le monde. Celui qui arrive au sommet
s'apercevra toujours qu'il n'a plus vraiment
besoin de son échelle pour monter.
Pourquoi s'en embarasser, pense-t-il?
Je lui réponds: "Pour redescendre!"
Les médias locaux du Québec ne sont pas
les seuls à devoir faire face à ce genre
d'ingratitude.
La rédactrice en chef de Paris Match,
Catherine Schwaab, déclare dans son
magazine que plusieurs artistes agissent de la
sorte dont la plus récente est Marion Cotillard.
Lorsqu'elle a débuté, elle était toute gentille
mais aujourd'hui elle ne reconnaît plus les
journalistes qui l'ont aidé à monter et
à grandir.(Voir le vidéo commentaire de
la rédactrice en chef de Paris Match)
www.parismatch.com
La seule solution pour les gens des médias
est de bouder les "snobinards" et les
"Hard to Get".
C'est la seule façon de les faire redescendre
du toit des maisons qu'ils ont envahies.
Sans échelle, la chute risque d'être plutôt
douloureuse et il faut toujours redescendre,
à moins d'être un ange de monter au ciel...
bernardbujold@gmail.com
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Denys Arcand
Marion Cotillard
Odile Tremblay et Denys Arcand