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    L'empire QUEBECOR
    et son fondateur Pierre Péladeau (1925-1997)
    par Bernard Bujold
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Album Photos
Le fondateur de Quebecor
Pierre Péladeau
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Chapitre 2
Croire en l’immortalité

Une mort annoncée

Pierre Péladeau aura vécu 72 ans (11 avril 1925 – 24 décembre 1997) et vers la fin de sa vie,
même s’il ne parlait jamais de sa mort, il faisait souvent allusion à une vie après la mort.

Il demandait à ses amis de l'invoquer et de le prier une fois qu'il serait mort. Il pourrait les aider
"car il aurait tout le temps du monde". Il priait souvent sa mère et il était convaincu que celle-ci
l'avait aidé en de très nombreuses occasions. Il avait aimé son père Henri mais c'est sa mère Elmire
qu'il admirait et à qui il attribuait d'avoir redonné l'honneur au nom des Péladeau. Pour Pierre,
le fait que les gens l’invoqueraient dans leurs prières serait un signe de respect et un peu une sorte
de vengeance éternelle pour les humiliations de sa jeunesse.

Pierre Péladeau ne ménageait pas sa santé et il ne surveillait jamais son alimentation.
Il nageait chaque jour mais plutôt pour diminuer l'ennui que pour sa condition physique.
Il détestait la solitude et il aimait avoir des invités à la maison. On comparait souvent sa
résidence à une auberge tellement il y avait un va-et-vient de visiteurs et d’inconnus.
Cela a d’ailleurs posé des difficultés pour les enfants de la famille de Pierre qui
n'appréciaient pas ce manque d'intimité.

Péladeau aimait entendre constamment un bruit de fond dans les endroits où il se trouvait, comme
pour le rassurer du fait qu’il n’était pas seul. Alors que nous étions en visite à Baie-Comeau où il
possédait des entreprises, il entra dans le salon de l’hôtel Le Manoir et il regarda vers la télévision.
Il me dit : «C’est incroyable la vie que cet appareil amène dans une pièce. J’aime entrer dans une
pièce où il y a du bruit. À Ste-Adèle, je laisse toujours la radio allumé et lorsque j’arrive, j’entends
la vie dans la pièce. Je déteste le silence. Des gens aiment ça mais moi je n’en suis pas capable!»

Il avait été plus jeune un athlète au tennis mais l'alcool avait considérablement endommagé son
corps et il le savait. Il avait cessé de consommer de l'alcool en 1972, Il l’avait remplacé par du café
qu'il aimait noir, sans sucre ni lait. Il aimait le sucre mais dans les desserts. Il se gavait souvent
de crème glacée ou de tartes aux fruits. Mais il aimait son café noir!
Un jour qu'il m'avait invité pour le week-end, mon amie et moi lui avions apporté une dizaine de
variétés de crème glacée Häagen Dazs. Il s'était empressé d'aller les cacher dans son congélateur
en blaguant qu'on allait certainement essayer de lui les voler...
On pourrait dire que le décès de Pierre Péladeau était une mort annoncée. À plusieurs reprises,
j’ai pu constater ses faiblesses physiques mais jamais il ne voulait m’avouer son problème.
Souvent il semblait sur le point de s’effondrer et il demandait à s’asseoir et avoir un café pour
le remonter.

Une fois, il avait eu une faiblesse juste avant une conférence dans un hôtel de la rive sud de
Montréal (L’Association des clubs de moto neige du Québec). J’ai cru qu’il allait mourir sur place
mais il s'est reprit et il m'a dit qu’il n’avait rien sauf un légère chaleur.

Une autre fois, en octobre 1995, nous étions dans l’hélicoptère en direction de Lac Mégantic pour
une conférence un samedi soir. Le pilote avait des difficultés à cause des vents forts de l’automne
et les 5 passagers, tous des employés de Quebecor, avaient peur de s’écraser. Péladeau blaguait
avec nous mais j’avais remarqué qu’il sortait de sa poche, à toutes les 5 minutes, une petite bouteille
en plastique contenant de la Nitro pour son cœur. Il refit ce geste à plusieurs reprises
jusqu’au moment de l’atterrissage. Une fois au sol, il souriait et il blaguait de plus belle mais
j’avais remarqué sa peur intérieure.

Quebecor a possédé deux hélicoptères dont un modèle très moderne (Long Ranger IV 206-L4)
mais lors du voyage dans les cantons de l’Est, nous avions encore le premier appareil qui avait
été l’hélicoptère de brousse utilisé par Donohue et que Quebecor avait racheté pour l’usage
de la compagnie. La machine, un BELL-IV modèle 206-B, était ancienne et l’une des portes s’ouvrait
parfois lorsque nous étions en vol. Heureusement que nous avions des ceintures de sécurité…


Une arme à feu

Une autre anecdote qui avait signalé le vieillissement physique de Pierre Péladeau fut l’après-midi
que nous avions passé au centre de tir de la police de Montréal à l’automne de 1996.

Péladeau possédait diverses armes à feu dans sa maison de Ste-Adèle  et il s’était même fait
photographier dans le magazine Le Lundi avec un fusil de chasse à côté de son lit. Il possédait aussi
un vieux Luger allemand et il disait dormir avec l’arme à portée de main. Mais personnellement,
je ne suis même pas certain si des munitions étaient encore disponibles pour cette antiquité.
Quoi qu’il en soit, quelqu’un qui était passé dans la maison de Ste-Adèle lui avait volé ce pistolet
et il m’avait demandé de lui trouver un autre révolver pour se protéger des voleurs.

Nous voulions être dans la légalité la plus totale et nous avions
demandé au chef de police de Montréal, Jacques Duchesneau, de nous aider dans le processus.
Ce dernier m’avait expliqué la démarche pour obtenir un permis et il nous avait même invité à
acheter l’arme auprès de l’armurier de la police qui servirait d’intermédiaire.

L’arme choisie était un pistolet pour femmes qui se glisse dans un sac à main.
Une crosse en émail blanc avec un petit canon en métal argent dont l’appellation officielle est  
« Back Up DA calibre 380 ».

Jacques nous invita à venir essayer l’arme au club de tir sur la rue Wellington. Pendant que Pierre
se familiarisait avec son achat, Duchesneau m’avait invité, ainsi que le pilote et une avocate
que Pierre voulait engager, à essayer un vrai révolver de policier. Il commença par nous faire
une démonstration de tir qui nous assura qu’il valait mieux ne pas l’attaquer.
Jacques savait tirer comme dans les films!
Le pilote, l’avocate et moi avons raté la cible…

Pendant notre séance de tir, Pierre, qui était resté dans son coin, cria à Jacques de venir car
"ça ne fonctionnait pas cette patente". Il aimait mieux son ancien Luger...

En fait, ça ne fonctionnait pas parce que Pierre Péladeau n’avait pas la force physique
nécessaire pour amorcer la petite arme de main. Jacques me regarda et à voix très basse il me dit :
«Il vaut mieux que le bandit ne soit pas trop gros car monsieur Péladeau ne lui fera pas grand mal… »
Pierre s’était senti humilié et il nous dit qu’il était satisfait de l’essai et qu’on s’en retournait
au bureau. Jamais il ne parla avec nous de ses difficultés à amorcer le pistolet.


Le moment fatal

L’après midi du 2 décembre 1997, il vint dans mon bureau avant d’aller déjeuner. Il était plutôt
silencieux et il ne fit que déposer un document sur mon bureau sans vraiment discuter. Il savait
qu’il avait une entrevue avec un animateur de Radio-Canada à 14 heures 30 mais il partait
déjeuner à pied sans son chauffeur et il reviendrait à temps pour l’entrevue.

Vers 14 heures, j’étais au téléphone afin de terminer la liste des invités au concert de
l’Orchestre Métropolitain qui était à l’affiche en soirée et auquel assisterait Pierre Péladeau.  
La directrice de l’Orchestre Métropolitain, lequel orchestre était supporté financièrement par
Quebecor à divers niveaux, nous fournissait des billets de courtoisie et Péladeau invitaient des
gens qu’il considérait intéressants et dont il aimait la compagnie. Quiconque travaille dans les
relations publiques sait qu’il est toujours difficile de rassembler une liste complète d’invités et
qu’il faut contacter plusieurs personnes avant d’avoir suffisamment de gens. On a même un surnom
pour les individus en bas de la liste des noms, un « Joker ».  Ces « Jokers » servent de remplaçants
de dernière minute en cas d’annulation d’un invité du haut de la liste.
Il faut toujours avoir un ou deux jokers dans sa liste!

Ce soir là, Pierre Péladeau devait être accompagné par une amie, une acadienne qui travaillait
pour un éditeur de livres scolaires. Une vingtaine d’autres personnes seraient aussi au rendez-vous.

J’ai déjà raconté en détail, à plusieurs reprises, notamment dans mon livre de 2003
(voir lien sur le site), comment lors de cet après-midi du 2 décembre 1997, la secrétaire était
arrivée en panique pour me dire que monsieur Péladeau avait un malaise. Je me suis précipité
pour constater qu’il était assis immobile dans une chaise de la petite table à café de son bureau.
C’était le commencement de la fin du roi Pierre Péladeau qui serait dans le coma
jusqu’au 24 décembre,  moment où la famille a décidé qu’il n’y avait pas de retour possible
en dehors de ce sommeil.

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en haut et à gauche:
Vue du bureau de Pierre
Péladeau et de la table à café
où il a subit son accident
cardiovasculaire
le 2 décembre 1997.










en bas:
vue du 13e étage au siège
social de QUEBECOR
en haut:
employés du cabinet
de Pierre Péladeau.
Micheline Bouget, la
secrétaire personnelle
de Pierre Péladeau
est assise au centre.




À gauche:
Billets du concert
auquel
devait assister
Pierre Péladeau
le soir du
2 décembre 1997
en haut:
Les deux hélicoptères de
Quebecor.
Le modèle de brousse
(en rouge)
et le modèle à
propulsion.
(en doré, noir et blanc)









à gauche:
la chambre à coucher de
Pierre Péladeau avec
le fusil de chasse près du lit.
en haut :
Pierre Péladeau devant
sa piscine intérieure
à sa résidence de
Ste-Adèle.

en bas:
Pierre Péladeau dans
sa salle à déjeuner
aménagée à même un
solarium à l'entrée du
côté Est de sa maison.
Il aimait cet endroit
et il y déjeunait seul ou
avec ses invités à chaque
matin.